L’histoire du Diplôme Universitaire de Médecine Manuelle et Ostéopathie à Bobigny
Le docteur Didier Feltesse, atteint par la limite d’âge, ne sera plus à la prochaine rentrée le directeur de l’enseignement. Il nous raconte avec émotions l’histoire du Diplôme Universitaire puis du Diplôme Inter-Universitaire de Médecine Manuelle-Ostéopathie à la faculté de Médecine de Bobigny (Université ParisXIII) et son parcours personnel.
Ostéos de France : Docteur Feltesse, comment avez-vous découvert l’Ostéopathie ?
Didier Feltesse : Même si j’ai la chance de me sentir en pleine forme, je vais avoir 65 ans et 2010 marquera la fin de mon mandat à Bobigny. Il y a quarante ans, je ne savais même pas où se trouvait cette banlieue lorsque j’ai entendu parler pour la première fois de cette Fac expérimentale.
J’étais jeune « kiné » installé à Paris, sensibilisé à la Médecine Manuelle par les Français Paul Gény, Albert Bénichou, les Docteurs Jarricot, Bourdiol et Nogier qui nous donnaient des cours le week-end. J’assistais aux consultations au dispensaire de la Croix Rouge de Roger Huberson vertébrothérapeute et du Docteur Jean Regner manipulative surgeon à l’hôpital Américain de Neuilly. Plus tard, j’ai eu la chance de rencontrer lors de séminaires, Denis Brooks D.O Anglais et Thomas Dummer qui fonda l’année où je me suis inscrit à la Fac de Médecine « European Schoolof Ostéopathy, 104 Tombridge Road à Maidstone » où beaucoup parmi vous avez fait des stages.A l’époque les procès contre les non médecins ostéos pleuvaient et même si j’avais déjà 28 ans et deux enfants, je décidais de tenter l’aventure Médecine. C’était la première année du concours et du numérus clausus.
Ostéos de France : Docteur Feltesse, comment avez-vous découvert la faculté de médecine de Bobigny ?
Didier Feltesse : La Fac de Médecine de Bobigny créée en 1968 par le Professeur Cornillot était à l’époque la seule Fac avec section « salariée ». Les premières années, nous avions cours de 18h à 23h. Sur 67 inscrits nous fûmes six à avoir la chance d’aller jusqu’au bout dont mon ami Michel Maingny le seul avec moi à être devenu médecin ostéopathe dans cette promotion. Parmi les quatre autres salariés deux ont réussi l’internat et le clinicat des hôpitaux de Paris et sont devenus de brillants hospitalo-universitaires chefs de service. Je le dis parce qu on a voulu faire croire parfois que Bobigny était une « sous Fac de Médecine ». Pendant toutes mes années de Médecine dans chaque service, j’essayais toujours de privilégier « la main » comme outil diagnostic et thérapeutique. Bien sûr en rhumato mais également en gastro, neuro, ou gynéco.
Ostéos de France : comment avez-vous créé il y a plus de 28 ans un diplôme d’Ostéopathie exclusivement réservé aux professions médicales à la faculté de Bobigny ?
Didier Feltesse : En 1981 devenu médecin attaché dans le service de rhumato et consultant à la Polyclinique en Médecine Manuelle, le Professeur Cornillot Doyen de la Faculté me demande d’organiser un diplôme universitaire de Médecine Manuelle. Il souhaitait qu’il soit à orientation ostéopathique et ouvert aux médecins généralistes, un peu différent du diplôme de Médecine orthopédique de l’Hôtel Dieu dirigé par le Professeur Robert Maigne depuis 1970.
Le Professeur Cornillot avait été « miraculé » par un ostéopathe diplômé de Maidstone. Contrairement à ce qu’on a voulu faire croire depuis le début, l’enseignement fut toujours exclusivement réservé aux professions médicales, jamais un kiné ou un paramédical ne fut autorisé à suivre les cours.
Dès le début à la rentrée 1982 ce fut un énorme succès, 104 inscrits ! J’étais le responsable de l’enseignement nommé par le conseil de l’université et à mes cotés trois brillants médecins diplômés de Maidstone : le Docteur Alain Abehsera formé aux USA et en Angleterre qui avait traduit toute l’œuvre de Still, le Docteur Serge Toffaloni et mon copain de promo le Docteur Michel Maingny aujourd’hui décédé. Impossible à quatre d’enseigner la pratique à plus de cent étudiants ! Le Professeur Cornillot me suggéra de faire appel à un maximum d’ostéopathes diplômés de Maidstone tous anciens kinésithérapeutes. Il ne s’agissait pas d’enseigner la Médecine aux Médecins, mais la « MAIN ». Au début c’est vrai il y eu beaucoup de cafouillages mais ce fut cependant un réel bonheur. Bénévolement nos amis ostéos de Maidstone se « défoncèrent » pour transmettre leur savoir aux médecins. Jamais je ne les remercierai assez avec leur cœur et leurs mains ils nous ont énormément aidés et pourtant ils furent attaqués de toutes parts. Par leurs collègues non médecins qui leurs reprochaient de former des concurrents et par les médecins qui leurs reprochaient de ne pas l’être. Grâce à eux pendant les dix premières années nous avons énormément travaillés, beaucoup ri, les anciens n’ont pas oublié les stages en Angleterre, en Belgique, dans le Jura ou à Lyon.
Les Maidstoniens nous ont tout donné et moi-même j’ai énormément appris à leur contact. Je pense particulièrement à nos amis Belges Jean Burnotte et Pierre Duby extraordinaires anatomistes et biomécaniciens, et à Jean-Pierre Barral qui continue à enseigner l’ostéopathie viscérale dans le monde entier.
Malgré cela au bout de dix ans, il fallut nous séparer d’eux. Je fus attaqué comme « collabo » et complicité d’exercice illégal de la Médecine., moi qui avait eu le courage de faire Médecine et d’entraîner dans mon sillage Maurice Paul Sainte Rose responsable du Structurel, Roger André Mussiresponsable du TGO ou André Ratio responsable du craniosacral, tous aujourd’hui Docteurs en Médecine, Médaillés de la Faculté.A l’époque bien sûr j’ai voulu abandonner ! Le Professeur Cornillot refusa ma démission et m’encouragea par cette phrase « Les chiens aboient et la caravane passe », Continuez !
La plainte fut rejetée et je n’eu pas le moindre blâme. Plusieurs membres du Conseil de l’Ordre qui ignoraient l’ostéopathie sont devenus des amis.
Ostéos de France : la transformation du Diplôme d’Université en Diplôme Inter-Universitaire de Médecine Manuelle-Ostéopathie s’est déroulée dans quelles conditions ?
Didier Feltesse : Plus tard nous fûmes avec l’aide du Professeur Glorion, parmi les premiers à être reconnus comme D.I.U. Les médecins formés prirent le relais comme enseignants. Un groupe, de la première promotion, constitué de Guy Dupiellet, Ivan Raduzinski, Christian Hay et Patrick Biberson, nous aida énormément à structurer l’enseignement avec un discours médical rationnel. Quel bonheur ! Vive le Gremmo !
Bruno Burel diplômé de la deuxième promotion, ancien élève de Paul Chauffour et Ange Castejon, devint progressivement un maître de l’enseignement du périphérique. De très nombreux médecins formés à Bobigny, devenus d’excellents praticiens ont rejoint le corps enseignant. Ainsi depuis dix huit ans tous les enseignants et chargésde TP sont médecins et d’excellents ostéopathes. Plusieurs structures post-universitaires ont vu le jour afin de former en deux ans le médecin titulaire du DIU aux techniques fonctionnelles, musculaires, cranio-fasciales ou viscérales. Merci à Ostéo-Formations (Ostéo-Pratique et Ostéo-Plus) !
Ostéos de France : Les médecins ostéopathes maitrisent-ils la pratique ostéopathique au plus haut niveau ?
Didier Feltesse : On peut lire parfois dans la presse que les ostéos non médecins font six ans d’étude d’ostéopathie et les médecins deux ans !
A Bobigny tous les enseignants ont fait six ans, trois ans comme étudiants, puis trois ans comme moniteurs avec une multitude de stages complémentaires en France et à l’étranger. Pendant dix ans j’ai fait passer le DU à Bobigny aux médecins et le DO aux kinés à Maidstone. Je peux vous assurer que les meilleurs de Bobigny valaient largement les meilleurs de Maidstone, les non médecins l’ont reconnu eux-mêmes. Arrêtons de délirer, n’ayez aucun complexe car en plus de « la main » vous apportez à vos patients la sécurité médicale. Je laisse nos politiques vous défendre, encouragez les, ils donnent beaucoup de leur temps et de leur énergie. Merci au président d’Ostéos de France pour sa pugnacité. Comme vous le voyez la relève est assurée.
Ostéos de France : Que va devenir le DIU de MMO de Bobigny après votre départ ?
Didier Feltesse : Le Professeur Antoine Lazarus, agrégé de Santé Publique, a succédé au Professeur Cornillot comme responsable universitaire du DIU et en 2010 à la rentrée le Docteur Marc Baillargeat me remplacera, il sera le nouveau directeur de l’enseignement.
Ancien élève du DU de Bobigny, il exerce comme médecin ostéopathe depuis plus de dix ans, il est aussi secrétaire générald'Ostéos de France. Il a été élu Président de la FEMMO et il est présent depuis plusieurs années dans toutes les commissions au Conseil de l’Ordre et au Ministère de la Santé. Contrairement à moi, il est au fait de toutes les nouvelles technologies. Avec lui et Guy Dupiellet nous avons préparé pendant deux ans le Congrès à l’Hôtel de Ville de Paris qui fut un énorme succès.
Je pense que Marc Baillargeat va apporter une énergie nouvelle dans le DIU d’ostéopathie à Bobigny, je lui souhaite bonne chance ! Bien sûr, je resterai attaché bénévole à la Fac, et comme je le dis souvent Bobigny c’est ma deuxième maison, j’y suis arrivé il y a presque quarante ans et les ostéopathes sont ma deuxième famille, présents depuis de très nombreuses années dans mes joies et dans mes peines. Merci pour tout ce que vous m’avez apporté !
J’adresse toute mon amitié à tous ceux qui ont enseigné et étudié l’ostéopathie à la faculté de médecine de Bobigny.
Syndicat des Médecins Ostéopathes de France
1, rue de l'hôpital - 76 000 Rouen
Tel: 02.35.52.01.01 - Fax 02 35 70 95
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