L'état français, constatant une dérive
s'installant depuis des années, a décidé,
en juillet 1999, de statuer pour réglementer la profession
d'Ostéopathe. Il a engagé une réflexion
permettant " à la puissance publique d'édicter
les normes de formation et de pratique, seules à même
d'assurer la sécurité des prestations offertes
".
Le débat parlementaire et les travaux de la commission
paritaire mixte ont abouti à la rédaction et au
vote de l'article 75 de la loi relative aux droits des malades
et à la qualité du système de santé.
Celui-ci consacre l'ostéopathie et réserve son
usage professionnel aux personnes titulaires d'un diplôme
sanctionnant une formation spécifique. Cette loi N°2002-303
du 4 mars 2002 a officialisé une tendance déjà
bien inscrite dans le paysage français des soins aux
personnes. La forte demande des usagers de soins ostéopathiques,
véritable fait sociétal, a en effet connu un formidable
essor depuis un an.
Ceci provoque plusieurs conséquences :
- Cet appel d'air suscite de nombreuses " vocations ",
et les installations de praticiens à la formation douteuse
et à l'exercice incertain se multiplient. Le corollaire
à cette situation est la dégradation de la sécurité
du patient lorsqu'il pousse la porte d'un ostéopathe
dont la formation n'est ni connue, ni encadrée et dont
les critères d'exercice ne sont pas identifiés.
Si cette absence de réglementation dure, l'image de notre
profession souffrira inévitablement, nuisant à
l'activité des praticiens, qu'ils soient médecins
ou non-médecins.
- En amont, de nombreux établissements de formation à
l'Ostéopathie ouvrent leurs portes, précipitant
dans des filières parfois sans issue des bacheliers,
des étudiants en médecine ou kinésithérapie
préférant des cursus où l'on est peu regardant
sur les critères d'admissibilité. A la clef, dans
quelques années, une pléthore de jeunes ostéopathes
plus ou moins qualifiés se lancera dans le secteur libéral.
Aujourd'hui, 60 établissements prétendent former
des ostéopathes ; combien ont des standards pédagogiques
suffisants ? 5 ou 10 au plus seraient sans doute suffisants
pour permettre une croissance harmonieuse de la démographie
ostéopathique.
À titre de comparaison, le Royaume-Uni est (avec la Finlande)
la grande nation Européenne où l'Ostéopathie
est réglementée en tant que profession indépendante.
Lors de sa légalisation, aboutissant à la constitution
du General Osteopathic's Council (GO'sC), pas moins de 12000
demandes d'accréditation furent déposées,
seulement 2700 ont été acceptées, aujourd'hui
on n'y compte que 5 établissements d'enseignement.
Le
Registre des Ostéopathes de France (" Ordre privé
" qui rassemble 900 ostéopathes issus des formations
agréés par le CNROF), et le Syndicat Français
des Ostéopathes (syndicat créé par les
premiers ostéopathes non-médecins formés
en Angleterre), combattent avec notre appui total les dérives
occasionnées par ce vide réglementaire. Le GO'sC
a officiellement autorisé le Registre des Ostéopathes
de France à utiliser son propre dossier de validation.
Il est donc urgent que les Pouvoirs Publics rédigent
les décrets d'application de l'article 75 de la loi 2002-303
pour mettre un terme à cette période de non-droit.
Cette rédaction doit se faire avec nos trois organisations,
qui à chacun des 5 thèmes de décrets suscités
par la loi (formation, gestion des professionnels en exercice,
des professionnels étrangers, formation continue et liste
des actes), proposent des solutions déjà prêtes
et éprouvées.
Rédiger
des textes sans nous consulter, pour présenter une profession
non conforme à une réalité incontournable,
ne règlerait pas le problème de l'ostéopathie
en France.
- En effet, dans ce cas, les professionnels non-médecins
resteraient dans un exercice non réglementé, tandis
que les médecins ne pourraient accepter que leur pratique
ostéopathique soit réduite à un ensemble
d'actes techniques symptomatiques.
- Limiter des actes à tel ou tel corps professionnel
présenterait l'inconvénient que ces actes, désormais
interdits à une partie des praticiens, continuent d'être
pratiqués, mais avec une formation non encadrée
et sans contrôle d'exercice. Le risque serait dans ce
cas majoré.
Enfin, rappelons que partout dans le monde, et plus particulièrement
en Europe, l'ostéopathie s'impose comme une discipline
à part entière, et que légiférer
autrement s'inscrirait à contre-courant de l'évolution
internationale.