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CONTRIBUTION
N° 3 |
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Réunion
du groupe de travail sur l'ostéopathie et la chiropractie
à la date du 4 Novembre 2003
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Page 4
ANNEXE
2
Faut il faire des radiographies systématiques avant manipulation
?
Recommandations de la SOFMMOO
Rachis
lombaire et région sacro-iliaque
Syndrome de la queue
de cheval
Syndrome de la queue de cheval par manipulation d'une
hernie discale
Le syndrome de la queue de cheval est la complication la plus
grave des manipulations lombaires. Une publication américaine
de 1992 a recensé et étudié 29 cas rapportés
dans la littérature depuis 1911 (Haldeman). Il s'agissait
pour 28 d'entre eux de sciatiques par hernie discale. Parmi
eux, seize patients avaient été manipulés
sous anesthésie générale. Le mécanisme
pourrait être une brusque augmentation de volume de la
hernie ou une interruption du flux sanguin destiné au
cône terminal (Balblanc).
Deux remarques s'imposent. Les manipulations sous anesthésie
générale n'ont jamais été pratiquées
en France (et sont à notre connaissance abandonnées)
et sont une technique risquée (absence de réaction
du patient). La radiographie est un examen inutile pour le diagnostic
de hernie discale et n'aurait pu donc, à elle seule,
éviter ces complications.
Syndrome de la queue de cheval par manipulation d'une sténose
lombaire.
Dans le travail évoqué ci dessus, le 29ème
cas concernait un patient atteint de nanisme achondroplasique
et se plaignant d'une sciatalgie. Le canal étroit étendu
est une constante du rachis achondroplasique, condition contre-indiquant
les manipulations. Lorsque la sténose est localisée,
aucun accident n'a été décrit dans la littérature.
Cependant, en l'absence de toute étude disponible, les
symptômes du canal étroit ne semblent pas représenter
une bonne indication aux manipulations.
Syndrome de la queue de cheval par tassement d'une vertèbre
tumorale
Dupeyron et col. ont rapporté récemment, dans
le cadre d'une étude plus large, quatre cas de syndrome
de la queue de cheval dont deux paraissent liés au tassement
d'une vertèbre tumorale ou à une épidurite.
S'agissant d'une étude rétrospective, aucun renseignement
clinique n'est disponible, en particulier sur les symptômes
qui avaient motivé la consultation. Deux publications
font état de manipulations pratiquées de façon
fautive sur des rachis cancéreux.
Dans la première, il s'agissait d'une patiente en cours
de chimiothérapie pour un lymphome, manipulée
au niveau de ses articulations sacro-iliaques. La conséquence
en a été un tassement lombaire sans atteinte neurologique
(Maigne). Dans la seconde, il n'y eu aucune complication et
les patients furent même paradoxalement soulagés
de façon temporaire. Les auteurs en tirent argument pour
un effet antalgique des manipulations, qui expliquerait partiellement
leur action dans les douleurs communes (Vautravers).
En revanche, nous n'avons trouvé aucune publication (en
dehors de celle de Dupeyron et al) rapportant un syndrome de
la queue de cheval après manipulation d'une vertèbre
tumorale.
La question posée est donc : peut on imaginer une affection
maligne suffisamment évoluée pour fragiliser une
vertèbre au point qu'une manipulation puisse la tasser,
sans qu'il n'y ait aucun signe clinique d'alarme ?
L'absence de tout cas publié sur ce sujet (alors que
les publications sur les complications des manipulations sont
extrêmement nombreuses) incite à une réponse
négative.
Syndrome de la queue de cheval par tassement ostéoporotique
L'ostéoporose est une affection asymptomatique qui, lorsqu'elle
est évoluée, peut se compliquer de tassement corporéal.
Il était classique de dire que ces tassements ne s'accompagnaient
jamais de complications neurologiques, mais quelques cas ont
été décrits récemment (Benoist).
Aucun cas post manipulatif ne figure parmi eux à ce jour.
De plus, l'âge supérieur à 50 ans et l'ostéoporose
"potentielle" (post cortisonique par exemple) font
partie des indications de radiographie systématique,
d'après les "guidelines".
La radiographie n'est pas considérée comme un
examen utile au diagnostic d'ostéoporose en raison de
son absence de fiabilité. L'ostéodensitométrie
est l'examen de référence.
Syndrome de la queue de cheval par tassement lié
à une tumeur bénigne
Les tumeurs bénignes du rachis sont rares et surviennent
pour la plupart dans un contexte particulier. L'ostéochondrome
et le granulome éosinophile se voient chez l'enfant de
moins de dix ans. Les tumeurs à cellules géantes,
l'ostéome ostéoïde et l'ostéoblastome
ne se compliquent pas de fractures.
En revanche, l'angiome actif compliqué et le kyste anévrismal
osseux sont une cause possible de tassement avec compression
radiculaire ou médullaire. Le premier est surtout à
localisation thoracique et sera envisagé au chapitre
suivant. Le second est à l'origine de rachialgies mécaniques
et survient chez l'enfant ou l'adulte jeune (de 5 à 25
ans). Il peut toucher avec une égale fréquence
n'importe quel segment de la colonne et se manifeste par des
rachialgies mécaniques et, dans environ 10% des cas,
par une fracture pouvant s'accompagner de paraplégie
(Papagelopoulos).
Un contexte de douleurs chez un sujet jeune doit pousser à
demander des radiographies, conformément aux recommandations
des "guidelines" (sujets de moins de 20 ans). Le cas
des sujets de 20 à 25 ans n'est pas pris en compte par
les "guidelines". La présence d'un kyste anévrismal
osseux vertébral à cet âge, mimant une douleur
commune récente est probablement une éventualité
tout à fait exceptionnelle.
Néanmoins, il paraît sage de proposer de principe
une radiographie aux sujets de cet âge afin de limiter
le risque lié à une manipulation. Nous proposons
donc d'étendre à 25 ans la nécessité
d'une radiographie systématique prévue par les
"guidelines", lorsqu'une manipulation est prévue.
Fracture vertébrale
simple
Un tassement vertébral non compliqué secondaire
à une manipulation est théoriquement possible,
en particulier dans le cadre d'une ostéoporose, bien
qu'aucune observation de la littérature n'est disponible.
On peut aussi imaginer le cas d'une patiente souffrant d'un
tassement récent et douloureux (spontané ou après
un accident de la voie publique par exemple), se faisant manipuler
avec un diagnostic de lombalgie aiguë bénigne et
voyant son tassement aggravé. Il existe une règle
clinique interdisant de manipuler une lombalgie récente
d'apparition brutale (post traumatique ou non) sans radio préalable,
a fortiori chez une femme exposée par l'âge au
risque d'ostéoporose. Cette règle de bonne pratique
clinique semble suffisante.
Cas du spondylolisthésis
par lyse isthmique
Un spondylolisthésis (SPL) par lyse isthmique peut il
être aggravé (cliniquement ou anatomiquement) par
une manipulation inappropriée ? Il est difficile de répondre
à cette question du fait d'un manque de données
dans la littérature. Elle est pourtant importante, car
le SPL ne peut être dépisté que par la radiographie
lombaire (en dehors des rares cas où le décalages
des épineuses est probant). On peut distinguer trois
cas : la constitution de la lyse, le SPL de grade faible et
le SPL de grade II et au delà.
Lors de la constitution de la lyse
La lyse isthmique, lorsqu'elle donne lieu à des manifestations
cliniques, ne peut être manquée, puisqu'elle est
à l'origine d'une douleur d'apparition relativement brutale
ou rapide, chez un adolescent souvent à la suite d'un
geste sportif en extension lombaire marquée. Un tel tableau
est évocateur et suffit à faire demander des radiographies.
On doit garder à l'esprit l'histoire médiatisée
de cette jeune sportive mineure qui s'était plainte,
au cours de son entraînement, de douleurs lombaires d'apparition
brusque. Son entraîneur l'avait plus ou moins forcée
à poursuivre. Les douleurs s'étaient aggravées,
étaient devenues chroniques et la famille avait porté
plainte. Il n'y avait pas eu de manipulation vertébrale,
mais on peut imaginer une similitude de situation. Toute douleur
un tant soit peu durable chez le sujet jeune est un signe d'alerte
reconnu par les "guidelines", qui doit conduire à
la radiographie.
SPL de grade faible
Il n'existe aucune aucune observation publiée, à
notre connaissance, d'une aggravation anatomique ou clinique
d'un SPL suite à une manipulation, ni aucune règle
écrite sur ce sujet. L'expérience personnelle
de nombreux manipulateurs va à l'inverse, puisque des
patients porteurs de SPL de grade faible ont pu être traités
avec de bons résultats par manipulation lombaire (Young).
Ces patients souffraient pour la plupart de douleurs lombaires
chroniques et étaient donc porteurs de radiographies
(les recommandations internationales stipulant de faire des
radios au delà de deux mois d'évolution).
SPL de grade II et au delà
Les SPL de garde II et plus peuvent être à l'origine
de douleurs chroniques lombaires ou sciatiques. Si la manipulation
ne paraît pas, a priori, un traitement logique, il faut
garder à l'esprit qu'il n'existe, à notre connaissance,
pas de cas publié d'aggravation durable d'un spondylolisthésis
après manipulation. Le mécanisme de la douleur
est complexe : les manipulations lombaires peuvent avoir un
effet sur la contracture musculaire et la douleur lombaire basse
peut aussi provenir de la charnière thoraco-lombaire,
région facilement manipulable.
Aggravation d'une douleur
lombaire ou d'une sciatique après manipulation en dehors
de toute lésion radiologique significative
L'aggravation d'une douleur lombaire ou d'une sciatique en l'absence
de toute lésion radiologique significative (sinon une
discarthrose dont on connaît l'absence de corrélation
avec la clinique ou une maladie de Scheurman discrète
et ancienne) est possible après manipulation. L'aggravation
est en règle de brève durée (quelques jours)
avant le retour à l'état antérieur, mais
elle peut dans certains cas exceptionnels, persister voire donner
lieu à des suites judiciaires.
Quel que soit le mécanisme en cause, l'absence de lésion
osseuse visible (ou leur caractère banal) rend rétrospectivement
sans intérêt les radiographies. La prévention
de telles situations déborde de notre sujet, mais on
ne peut qu'insister sur l'importance de l'écoute du patient
et de la compréhension de ce qu'il attend de la consultation.
Certains patients ne souhaitent pas être manipulés
et le médecin doit accepter cette situation. Surtout,
il doit arriver à un diagnostic aussi précis que
possible sur l'origine anatomique de la source principale de
la douleur et des facteurs contribuant à sa chronicité
(disque, articulaires postérieures, dysfonctionnement
des voies de la douleurs, intrications médico-légales...)
et ne réserver les manipulations qu'aux cas de douleurs
strictement mécaniques, sans composante inflammatoire.
Cette démarche diagnostique repose avant tout sur l'interrogatoire
et l'examen clinique. Les radios peuvent être utiles,
mais pas de façon systématique. Ici aussi, les
recommandations des "guidelines" semblent suffisantes
(radios systématiques en cas de douleur chronique), en
étant conscient de l'insuffisance des radios à
prévenir ce type de situation.
On peut y ajouter que dans certains cas, la pratique de radiographies,
même si elle n'est pas justifiée médicalement,
peut être utile lorsque le patient semble y tenir de façon
marquée. Faire des radiographies (en dehors des recommandations
des "guidelines") pourrait alors rassurer le patient,
conforter la relation médecin-malade et participer à
la prévention de ce type de situation. Ce cas n'est pas
envisagé par les "guidelines" mais correspond
bien à une réalité.
Conclusions pour le
rachis lombaire
:
Toutes les situations à risque vertébral après
manipulation lombaire semblent prises en compte dans les "guidelines"
qui constituent donc une référence suffisante
pour le médecin. La première exception est le
sujet entre 20 et 25 ans, où un kyste anévrismal
osseux est théoriquement possible. Le risque représenté
par des manipulations justifie la pratique de radiographies
systématiques dans cette tranche d'âge.
La seconde exception est le désir anxieux et pressant
du patient de bénéficier de clichés en
dehors des indications classiques. Si des manipulations sont
prévues, il nous semble sage d'accéder à
ce souihait pour le tranquilliser sur l'état de sa colonne.
La pratique systématique de radiographies avant manipulation
lombaire ne repose pas sur des preuves cliniques et n'est donc
pas de mise.
Contribution
n°3 d’Ostéos de France
Définition des Actes – Recommandations de bonnes
pratiques
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