Par le Docteur Alain Cassourra
À ce jour, l'actualité
aidant, universitaires, professeurs de médecine,
membres de l'académie de médecine s'intéressent
à l'ostéopathie. Nous, médecins
ostéopathes, ne pouvons que les remercier pour
l'intérêt qu'ils portent à une
pratique longtemps méprisée, dénigrée
par le monde médical, puis récupérée
et réduite à sa plus simple expression
: la manipulation vertébrale.
Engager un dialogue est aujourd'hui une nécessité,
tout comme affirmer l'identité de l'ostéopathie.
Cette identité justifie pleinement l'appellation
de médecin ostéopathe. Dans ce contexte,
je m'inquiète à entendre une idée
circuler qui dirait en substance : Il n'y a pas de
sémiologie ostéopathique spécifique,
il s'agit toujours d'un diagnostic médical
auquel on applique un traitement ostéopathique.
De tels propos doivent nous alerter pour deux raisons
: ils nient l'existence même de l'ostéopathie
et ils privent la médecine
de demain d'une richesse sémiologique qui ne
peut que l'enrichir.
Si
l'on considère le patient et son unicité,
la sémiologie est une et indivisible, cependant
si l'on considère la sémiologie médicale
enseignée dans les facultés de médecine,
sémiologie qui nous a été enseignée,
et la sémiologie ostéopathique, force
est de constater qu'il existe bien deux sémiologies
différentes ; chacune concourt à une
meilleure compréhension du patient. Affirmer
qu'il n'existe pas de sémiologie ostéopathique
relève d'une méconnaissance de l'ostéopathie.
La sémiologie ostéopathique passe par
l'éducation de la main, à la recherche
de restriction de mobilité, de tension tissulaire,
de réaction tissulaire à une contrainte
mécanique exercée par le thérapeute.
Comme toute sémiologie, elle nécessite
un apprentissage spécifique, elle enrichit
l'examen clinique. Les médecins étudiant
l'ostéopathie sont tous unanimes sur ce point
; que plus tard ils pratiquent ou non, tous confirment
: j'aurais au moins appris à mieux examiner
mon patient.
De la même façon qu'il existe une sémiologie
ostéopathique, il existe un diagnostic
ostéopathique, diagnostic différent
du diagnostic médical ; chacun concourt à
une meilleure compréhension du patient. Si
le diagnostic médical peut être une indication
voir une contre-indication à un traitement
ostéopathique, ce sont bien le diagnostic ostéopathique
et la sémiologie ostéopathique qui guident
le traitement manipulatif.
Le traitement manipulatif présente une grande
diversité de techniques, allant du " thrust
" (le crac), à des techniques d'étirement,
de myotensif, de rebonds, de strain-counterstrain,
de déroulement de tensions tissulaires, de
compression... Le choix des techniques sera orienté
par le diagnostic médical, mais le fil directeur
reste du domaine de l'ostéopathie.
Être médecin et ostéopathe nous
amène à faire la synthèse de
deux approches, deux lectures, deux interprétations
différentes et complémentaires. Le mot
interprétation peut choquer, mais le diagnostic
médical reste bien l'interprétation
d'une sémiologie clinique, biologique, d'une
imagerie, limitée par les connaissances scientifiques
à l'instant du diagnostic
posé.
Il en va de même pour le diagnostic ostéopathique.
À ce jour les évaluations critiques
des preuves scientifiques concernant l'ostéopathie,
en particulier dans le champ crânien, ont souvent
abouti à constater le manque de fiabilité
inter examinateur de l'examen ostéopathique,
tout en constatant une fiabilité intra-examinateur
; cela doit amener les ostéopathes à
s'interroger sur leur pratique et son évaluation.
Cela ne donne pas pour autant droit de censure à
des praticiens qui, n'ayant pas l'abord ostéopathique,
méconnaissent sa réalité. Le
dialogue doit donc se poursuivre en commençant
par définir une terminologie compréhensible
et admise par tous. Les faits doivent être analysés
sans dogme.
La plupart des principes d'une ostéopathie
née au XIXe siècle peuvent être
remis en cause, sauf un à mes yeux : la réalité
d'une sémiologie ostéopathique. Celle-ci
passe par la main. La défendre aujourd'hui
: c'est défendre l'ostéopathie, la défendre
aujourd'hui : c'est aussi défendre la médecine.
Docteur
Alain Cassourra